Je les vois, là-bas, contre le mur du couloir : ils s'enlacent, ils s'embrassent, et moi je sens une étreinte glacée me saisir le coeur ; je veux être avec lui, vivre la même chose, maintenant, tout de suite. Je suis jalouse, je suis frustrée. Je veux la même chose qu'eux. J'essaie de ne pas y penser, mais je suis OBLIGEE de les regarder, j'ai comme une envie de pleurer, de me jetter par terre. Ca a sonné, ils partent ; un autre couple les remplace. Je veux mourir. La prof de latin arrive : salvation.
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En sortant, je sors de mon sac deux tartelettes au cassis ; je cherche l'oubli des fruits rouges : l'acidité. Je voudrais tellement d'acide dans ma bouche, pour ne plus penser, ma langue et mon cerveau en même temps foudroyés. Je vois mon papy, qui mange de la tarte aux quetsches et qui dit : "Si c'est sour, tu met du sucre hein. Moi j'en met pas, j'aime bien quand c'est sour". Moi aussi. Je veux de l'acide pour combattre l'amer de mes émotions. Je croque, attend quelque chose, mais rien d'assez fort ne vient, même si j'en ai plein les doigts, plein la bouche : putain d'arômes. Il n'en reste plus, j'ai léché tout le papier : plus le moinde centigramme d'oubli.
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La jalousie, mon problème, une noirceur, quelque part. Rien que d'imaginer des filles lui tournant autour, lui touchant le bras, j'en suis malade. J'ai mal, j'ai mal, j'ai mal, j'ai mal, en pensant qu'il pourrait les aimer. Elle me mord le coeur, la jalousie, pire-mieux, elle le ronge comme de l'acide. La jalousie : de l'acide chloridrique. Je me sens fondre de frustration. Est-ce paradoxal qu'il me faille de l'acide pour lutter contre l'acide ? Non: trop d'acide TUE l'acide. Je le fusille à bout portant.
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J'attend au feu rouge, je n'ai pas envie, mais il y a des voitures ; je ne veux pas attendre, car ça donne la possibilité de réfléchir, et il y a de ces fois où réfléchir, c'est le synonyme de s'enfoncer. Ce passage piéton est un sable mouvant.
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Des mains qui se prennent réveillent la flèche dans mon coeur. J'ai envie de hurler, de trépigner, d'embrasser de garçon pour qu'il se transforme en Loic, m'imaginer de toutes mes forces que c'est lui, qu'il est là. Mais je reste aussi calme que la surface lisse d'un lac ; dans les profondeurs, tout s'écoule façon siphon de baignoire.
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De désespoir, de frustration, de jalousie, à ce moment, j'envisage de me jetter dans la Sarre. Les nuages se reflètent dans l'eau : si je plonge, je vais au ciel. Une puissante part de moi rejette instantannément l'idée.
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Il ne m'en vient pas souvent des crises comme ça. Mon coeur est humide de pleurs comme un nuage, mais mes yeux sont secs. Je me rend malade toute seule. Les clées attrapées, je m'installe dans la voiture. Signe que cette faille est passée, je constate que mes cheveux ont bouclés. Plongeon dans mon sac, à la recherche d'un élastique ; je ne trouve qu'une sucette à la cerise. Ca fera l'affaire. Je l'ouvre : acide.
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Radio : <<Big girl you are beautiful, Walks into the room, Feels like a big balloon, I said, "Hey girl, you are beautiful" >>
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